dimanche 12 avril 2015

Vernissage de l'exposition "Fixer les vertiges" Dominique Albertelli - Carla-Bayle

Samedi 11 Avril a eu lieu le vernissage de l'exposition à la Galerie du Philosophe au Carla-Bayle














Discourt d’inauguration :

"Pourquoi peindre ?


Pour survivre …dira-t-elle
Manifester ses peurs, sa joie …
C’est, pour elle, une façon de dire ‘les autres’ et le monde qui l’entoure.
Une façon d’engager une part d’elle même pour que s’articulent ses silences, qu’émerge son graphisme au rythme du souffle. Une voie, voix  déférente articulée par le geste, hors de la confusion des mots, traçant une forme singulière de la pensée sauvage.

La peinture …
ça fait reculer les murs au-delà du langage ajoutera-t-elle
ça redonne du poids au silence
Cela débride la conscience à  de farouches déterminations ‘rebelles’
Cela aide à y voir un peu plus en avant de soi.  
Surtout quand on sait qu’aujourd’hui s’exprimer avec ces pigments n’est pas le support idéal pour être reconnu.

Peindre pour Dominique reflète un moyen de ‘dire’.
D’évoquer ce qui relève du même, de cette parodie de l’être.
Un moyen sans doute pour elle, de ressasser ce qui de la machinerie sociale immobilise l’Être…(avec un grand E) dans une raideur froide animale (machinerie excluant son animalité  donc),
Mais, sans doute est ce pour elle, un moyen aussi,  d’évacuer son être (avec le petite),  d’en émerger sa propre histoire, celle qui l’a conditionnée et qui ici, sortie de l’incise de l’acte du ‘faire’, lui permet dans tous les lieux, de se voir, pour ne pas dire de s’entendre… dans ce silence.
Car  seul, par ce courant délicat de la peinture, dit-elle, passe le silence tremblant de l’air… sa poésie, la sienne… marquant  le lien fragile qui circule entre les êtres, une correspondance (bien que difficile) où peut passer l’accointance de nos différences, de nos difficultés à se parler.

Pour Dominique Albertelli seule la peinture ouvre l’accès à la solitude, à l’amour.
Et de poursuivre… nous sommes tous, d’une certaine manière, engoncés dans nos corps, maladroits dans nos mots, des handicapés au monde. Où peur et joie nous lie à la vie comme un fil invisible.
L’objet toile peut être ce passage d’un échange de sens, ou de hors sens, comme ce que nous pouvons voir actuellement dans cette salle, un lieu libre de tous discours, où les œuvres silencieusement  rebondissent en nous sans mot … ‘dit’.
Par le regard, l’œuvre façonne le réel de chacun, où s’interfèrent les valeurs émotionnelles, du ressenti, ou de la jouissance.
S’éveille en soi une part d’esthétisme, faisant corps avec quelque chose relevant de la beauté comme source de jouvence.
Ainsi, chacun s’approprie l’art comme un objet offert.
Ainsi chacun de nous se donne ou ne se donne pas au regard de l’œuvre,  y  cherche par le silence,  les valeurs qui peuvent à la fois apaiser, bousculer, réveiller, transcender.
Ainsi cet ouvrage singulier nous amarre-t-il les uns aux autres, pour en discourir.  
L’œuvre devient l’objet magique dont nous manquons tous. Une voie pour tracer ce qui mène au sacré.
Pour conclure cette approche  sur la peinture, je  mentionnerai par trois lignes les propos de Dominique Albertelli  pour soutenir le fait qu’elle n’a pu venir ici parmi nous, s’exprimer.

Je réfère…La société est tellement tournée vers l’individualisme, la religion du corps, l’obsession du paraître…devant l’opacité du monde, je ne saurais dire autrement qu’en peinture la fragilité d’un mot, la folie d’un geste, le murmure de l’air, la violence et la douceur."
Jean-Pierre Pourtier